La bio ne se fera pas oublier

Le 21/03/2024 à 10:05

[Edito du Vitisbio n°23 – avril-mai-juin 2024]

Temps troubles pour l’agriculture en ce début d’année 2024. La plupart auront suivi les mobilisations, la colère, les revendications portées par ces femmes et ces hommes forgeant quotidiennement la matière première de notre alimentation. On pouvait alors se prendre à rêver un peu : et si ce mouvement créait un électrochoc ? Une réelle prise de conscience des enjeux, sociaux, climatiques, économiques, environnementaux, qui commencent à appuyer de plus en plus fort sur nos têtes ?

Mais le réveil est brutal. Si des mesures sont annoncées par le gouvernement, on est loin encore d’un changement profond, d’une volonté claire et précise d’agir pour atténuer le changement climatique, pour préserver la qualité de l’eau et de l’air, pour maintenir des sols vivants, pour enrayer la chute vertigineuse de la biodiversité. Marc-André Selosse, professeur du Muséum national d’Histoire naturelle, le martèle lors d’une conférence à Millésime Bio : « la force de l’agriculture française est de savoir bouger, d’avoir une agilité millénaire ! » Il ose même affirmer que la France court le risque de devenir une friche industrielle.

Heureusement des voix s’élèvent. Dans la presse, on relève plusieurs dossiers encourageants. Comme le centre hospitalier d’Avignon étudiant le lien entre pesticides et cancer. Mais aussi treize mutuelles adressant au Premier ministre, six demandes, dont l’application des 20 % de produits bio en restauration collective de la loi Egalim, et la mise en oeuvre du scénario Inrae pour une France et une Europe 100 % agro-écologique. De même, dans Le Monde, un collectif de chercheurs rappelle au gouvernement les connaissances scientifiques sur les impacts des produits phytos.

La bio ne se fera pas oublier. Les professionnels se sont mobilisés, soucieux de faire entendre leur voix. À l’heure où se clôture le salon de l’agriculture à Paris, on se réjouit déjà que les élus des commissions bio des syndicats majoritaires, de la Coopération agricole et des chambres d’agriculture y aient clairement affiché leur soutien et le besoin de pérenniser la filière. Le plan Ambition bio est renouvelé et un fonds d’urgence de 90 millions d’euros est alloué. C’est un début. Mais cette ambition pour la bio doit aller plus loin, et c’est à nous tous, producteurs, élus, consommateurs et citoyens de la porter !

 

Frédérique Rose