Millésime Bio - Témoignages en Alsace, Dordogne et Aude : les vignerons bio déterminés à tenir bon !

Le 02/02/2024 à 10:27

Des difficultés oui, mais de la ténacité aussi ! Trois exposants de Millésime Bio font part de leur expérience et leur implication pour valoriser leurs vins.

« Nous avons produit nos premiers vins bio en 2020. Un grand volume est arrivé récemment à la cave, en 2023 », décrit Christine Sutter, vigneronne-éleveuse vice-présidente de la cave coopérative du Vieil Armand, située à Soultz-Wuenheim dans le Haut-Rhin. Cette cave indépendante ayant le statut de producteur récoltant compte 150 ha de vignes dont 75 en bio, et élabore des vins en AOC Alsace, Alsace Grand Cru et Crémant d’Alsace. «  Nous avons maintenant une production de 355 000 bouteilles et avons enfin la capacité de fournir. » D’où l’investissement dans un stand à Millésime Bio, pour la première fois. « Nous voulons nous rendre visibles, être reconnus comme un acteur incontournable du vin bio alsacien, indique la jeune vigneronne.  Nous visons l’export principalement, et les magasins spécialisés. » Sophie Bossharth et Mélodie Tschirret, responsables commerciales de la cave témoignent : « Nous avons eu des contacts, dont certains qui n’étaient pas prévus. Mais nous savons aussi que les visiteurs ont en général beaucoup de monde à aller voir et que leurs clients sont leur priorité. »

Résolument optimiste

« Oui, je suis résolument optimiste vis-à-vis des vins bio, confie Christine Sutter avec le sourire. Les vins blancs ont le vent en poupe, les ventes continuent malgré tout d’augmenter. Et l’avenir, c’est la bio ! Nous nous y sommes fortement engagés. Nous avons du volume, de qualité, à proposer à travers une belle gamme : deux crémants, six vins de cépages, trois grands crus. » La productrice se réjouit d’ailleurs de la médaille d’or obtenue au Challenge Millésime Bio sur leur Gewurztraminer 2022. « Les bulles sont aussi un marché très porteur, et les nôtres sont d’un excellent rapport qualité/prix. Nous proposons notamment un crémant extra brut à 1,4 g/L de sucres résiduels, ce qui est assez recherché. »

Brebis et laine sur les étiquettes des bouteilles, emblèmes clin d’œil à l’éco-pâturage des vignes bio de la cave du Vieil Armand. (© C.Sutter)

Valoriser les pratiques

Pour Christine Sutter, l’enjeu est aussi de mettre en avant les pratiques des vignerons bio de la cave. « Nous menons un bon nombre d’actions allant au-delà du cahier des charges bio, à nous de les faire connaître ! » En exemple, la mise en place de l’éco-pâturage, sur 30 ha de vignes bio. « Les brebis, de race Shropshire, et clôturées avec des filets, sont présentes en continu de mi-septembre à mi-avril, en pâturage tournant. » Elles reviennent aussi juste avant la véraison, pour un peu d’effeuillage. « Et ce, en passage éclair, sur une rotation très rapide. Dès qu’elles commencent à lever la tête, elles effeuillent à hauteur de grappe, juste une journée. Nous devons donc être réactifs pour vite les changer de parcelle. » Les vignerons ont construit une bergerie mobile, tractable, qu’ils installent sur les tournières des parcelles en cours de pâturage. Un fil de laine, fil conducteur pour la cave, illustre aussi esthétiquement les étiquettes de la gamme bio.

Coller au marché

En Dordogne, le château Marie Plaisance s’étend sur 55 ha en AOP Bergerac et 15 ha en AOP Bordeaux. « Depuis 2017 nous accumulons les années difficiles, entre le gel, la grêle, la sécheresse, décrit Béryl Saget, associée du domaine. Pour nous adapter, nous avons revu nos horizons de vente, en sélectionnant mieux nos clients, en redéfinissant nos prix, en nous inscrivant aux salons pro, en développant l’export… » Les vignerons tentent aussi de coller au mieux au marché, en remodelant leur gamme. « Nous élaborons des vins sans soufre, des vins plus légers et fruités. Et depuis 2022, nous proposons un pet’nat qui plaît beaucoup. » Ce dernier reçoit d’ailleurs une médaille d’or en 2024 au concours Challenge Millésime Bio.

Béryl Saget, du Château Marie Plaisance en Dordogne. (© Rose F.)

Rebondir

Néanmoins, la vigneronne ne cache pas une baisse des ventes de moins 20 % en 2023. « Depuis 2022, nous n’avons plus aucun marché sur le vrac, qui représente jusqu’à 30 % de notre production. Parfois le prix du tonneau est si bas que nous ne répondons pas aux appels d’offres. Il nous est quand même arrivé de vendre notre vin en conventionnel. Mais ce n’est pas une stratégie que nous voulons développer évidemment. » La recherche de nouveaux débouchés est au cœur du développement économique du domaine. « Nous avons notamment trouvé un marché en Angleterre, pour des bibs. Ce sont des petits volumes engagés et des conditionnements peu pratiques – de 2,25 L –, mais nous y allons malgré tout ! » Autre bonne nouvelle : un nouveau marché export vers le Canada. « Nous répondons souvent aux appels d’offres émis par les monopoles du pays, et cette fois cela a fonctionné, pour un volume satisfaisant. Bien que nous aimerions vendre de plus gros volumes, nous sommes ravis car la concurrence est grande sur ces marchés. »

Rester debout

Béryl Saget reste fondamentalement positive. « Nous ne baissons pas les bras. Nous avons confiance dans la jeune génération. Les bières artisanales sont de plus en plus onéreuses, notamment. Les jeunes auront sûrement envie de revenir vers des vins faciles à boire. » La jeune vigneronne relève aussi que ses clients sont fidèles . « Ils viennent nous voir à Millésime Bio, ils ne nous lâchent pas, continuent de goûter nos nouveaux millésimes. Ils sont convaincus par la bio, ils ne changeront pas. » Pour Béryl Saget, Millésime Bio reste un salon incontournable : « J’ai notamment un nouveau prospect très intéressant, contacté grâce à la plateforme en ligne, c’est un super outil. » Elle affirme aussi ne pas hésiter à envoyer plusieurs relances aux clients et prospects, avant le salon. « Il faut oser ! Cela est parfois payant ! »

Le coin vrac, où les visiteurs peuvent apercevoir les volumes disponibles des exposants d’Occitanie. (© Rose F.)

AOP et localisation porteuse

Mickaël Moyer est vigneron sur 12 ha au château Les Fenals à Fitou dans l’Aude . « Mitigé, mais pas complètement sombre ! », décrit le vigneron pour évoquer son état d’esprit du moment. En cause, surtout, le manque d’eau : « S’il ne pleut pas avant le débourrement, ça va faire mal. » Nous le croisons à Millésime Bio devant le panneau d’affichage des offres vrac d’Occitanie : « je regarde ce que proposent les collègues, ce qu’il y a sur le marché. » Vendant 90 % de sa production en vente directe, le vigneron peine pour vendre les 10 % restant en vrac. « Je n’ai pas trouvé de négoce bio, nous déclassons donc cette partie de nos volumes. » Néanmoins, le vigneron reconnaît le bénéfice d’être sur appellation porteuse. « C’est notre seconde venue à Millésime Bio, notre AOP à bonne cote, les prospects viennent assez facilement, c’est positif. » Autre avantage, une localisation géographique bénéficiant de beaucoup de passage en saison touristique. « En nouveaux débouchés, nous recherchons surtout des cavistes. »

 

Frédérique Rose